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Sœur Sara : l’héritière du Caire

Une vie avec les chiffonniers du Caire

Elle est d’une simplicité déconcertante. Elle a le regard profond et le sourire apaisant. À 68 ans, Sœur Sara a passé plus de la moitié de sa vie avec les chiffonniers du Caire, qu’elle a rencontrés en 1975 grâce à sœur Emmanuelle. Avec celle-ci, elle a formé pendant près de 20 ans un duo équilibré. La fougue et la colère face à l’injustice pour l’une, la douceur et la discrétion pour l’autre. «  Je la considérais comme ma mère, raconte sœur Sara. Nous avons vécu nuit et jour ensemble. On se respectait, on s’aidait, on s’aimait.  ».
En 1992, Sœur Sara reprend officiellement l’œuvre de sœur Emmanuelle avec les chiffonniers du Caire. Depuis le décès de la médiatique religieuse en 2008, elle est considérée comme son héritière et assure des tournées avec l’opération Orange lors desquelles elle témoigne de son quotidien. «  J’ai dit à sœur Emmanuelle  : “Tu m’as trompée. Tu m’as appelée pour tenir un jardin d’enfants et tu me laisses 50 activités  !” Grâce à Dieu, il y a du personnel.  ». L’opération Orange, association fondée par Jean Sage en 1994, aide les œuvres créées par sœur Emmanuelle en Égypte, au Soudan et au Liban. Les projets ne manquent pas pour les chiffonniers  : des écoles, un dispensaire, un hôpital, un centre professionnel, un club sportif et une grande maison de vacances au bord d’un lac. Le soutien de l’association est essentiel pour mener à bien toutes ces actions. Une chaîne de solidarité internationale chère à la sereine sœur Sara qui, confie-t-elle, sent toujours sœur Emmanuelle près d’elle. «  Elle veille sur nous  !  ».

Pourquoi êtes-vous devenue religieuse  ?
Toute jeune dans ma famille, j’ai été formée à partager. Nous étions huit enfants  ! Puis, les sœurs de mon école m’ont permis d’aller plus loin dans le partage avec les pauvres. J’aimais beaucoup les sœurs, elles étaient des modèles pour moi. J’ai ressenti l’appel de Dieu à l’âge de 13 ans. Adulte, j’ai pu réaliser mon rêve.

Racontez-nous votre rencontre avec sœur Emmanuelle.
J’étais dans la congrégation copte orthodoxe des Filles de Marie. Quand sœur Emmanuelle a entendu parler de notre existence, elle a demandé à vivre avec nous pendant deux semaines. J’ignorais complètement la vie des chiffonniers du Caire. Je suis entrée dans un camp  : l’odeur de la décharge qui vous prend à la gorge, les enfants sales qui courent pieds nus au milieu des chiens et des chats, les cabanes, etc. Ce fut un choc terrible. Pendant trois jours, les larmes coulaient sur mes joues. Sœur Emmanuelle a demandé à mon évêque si je pouvais rester. C’était en 1975 et si c’était à répéter, je le ferai une deuxième fois.

En quoi cette rencontre a-t-elle changé votre vie  ?
Cela n’a pas changé ma vie religieuse mais m’a donné beaucoup d’ouverture envers les autres, le respect envers les chiffonniers même si certains commettent des crimes. Si sœur Emmanuelle n’avait pas commencé son œuvre auprès des chiffonniers, personne ne les aurait découverts. Cela a changé mon regard sur les pauvres, m’a aidé pour ma vie religieuse et m’a donné beaucoup de pêche.

Comment les projets menés ont-ils transformé la vie des chiffonniers du Caire  ?
Avant l’œuvre entreprise par sœur Emmanuelle, pas un seul enfant n’allait à l’école, les filles se mariaient à l’âge de 10-12 ans, les femmes étaient souvent battues et les garçons souvent ivres. C’était presque l’enfer. Les gens ne vivaient que des chiffons qu’ils trouvaient dans les ordures. De temps en temps, ils tuaient un cochon et vendaient de la charcuterie. Les enfants étaient un outil de travail  : ils surveillaient les charrettes tirées par des ânes pendant que les adultes fouillaient les ordures. Sœur Emmanuelle a commencé par ouvrir un jardin d’enfants, le midi, elle apprenait la couture aux filles et le soir, elle dispensait des cours d’alphabétisation aux adultes. Elle a travaillé seule pendant cinq ans, puis nous avons travaillé à deux pendant cinq ans. Les enfants allaient à l’école le matin et aidaient leur famille l’après-midi. Ma congrégation a pris la relève sur ce premier centre et nous en avons créé un deuxième dans le quartier de Mokattam où vivaient 23 000 personnes dans les mêmes conditions. Un troisième camp est venu nous demander de l’aide. Les enfants ont pu suivre une scolarité de la maternelle au lycée. Des filles ont passé le bac, se sont inscrites à l’université, ont choisi leur mari, éduquent leurs enfants.

Comment poursuivez-vous votre combat  ?
Les trois camps représentent 50 000 personnes. Les structures que nous avons créées sont animées par 37 religieuses de ma congrégation et plus de 1000 salariés. Le plus dur, c’est de les payer. Un tiers du personnel est d’anciens chiffonniers qui viennent travailler avec nous après leurs études. Ces gens se prennent en charge, s’en sont sortis et ne dépendent pas de nous. Nous avons réalisé beaucoup de projets à la demande des chiffonniers  : une crèche pour les femmes qui travaillent, un asile pour les vieillards. Nous voulons leur permettre d’avoir une vie comme les autres. Ce n’est pas un métier de trier les ordures  ! Aujourd’hui, ils ont des camionnettes, ils ont plus de temps pour souffler. Les garçons jouent au foot au lieu de s’enivrer. Ce sont pour moitié des chrétiens et pour moitié des musulmans. Quand ils ont vu que sœur Emmanuelle étaient venue pour tout le monde, cela a créé une ambiance de paix. Il existe une grande tolérance entre les deux religions. J’habite toujours à Mokattam. Je ne peux pas vivre en centre-ville, mon cœur est là-bas.

Qu’est-ce qui vous aide à tenir jour après jour  ?
La prière et l’envie de ces gens de s’en sortir. Je suis leur grand-mère, j’ai vécu avec les plus grands et cela continue. Dans la foi, on grandit avec les autres. Mais je ne veux pas être centenaire comme sœur Emmanuelle, c’est mieux de partir avant  ! Même si au fond de mon cœur, je n’ai que 18 ou 20 ans.

Pourquoi est-ce important pour vous de témoigner de votre action auprès des jeunes d’autre pays  ?
C’est un double travail. Je demande toujours aux jeunes s’ils se rendent compte de la chance qu’ils ont ici. Je supplie les parents de ne pas tout donner à leurs enfants, sinon, à quoi vont-ils rêver  ? Et avec tous ces appareils (les tablettes etc.) comment les enfants peuvent-ils s’exprimer  ? Il faut que les parents donnent un espace pour le dialogue aux enfants. En Égypte, je dis aux enfants qu’ils ne sont pas seuls. Ils ont des frères et des sœurs qui les entourent. Nous sommes tous citoyens du monde. Les frères musulmans ont démoli le pays. Les chiffonniers ont perdu beaucoup avec le départ des touristes. Les choses se sont arrangées depuis que Sissi est au pouvoir mais il faut que les touristes reviennent en Égypte  !

Croix du Nord -Hebdomadaire chrétien régional- le 15/10/2015

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