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"Notre tête, c’est le Christ, pas un prêtre"

Le pape François a consacré une grande partie de son pontificat à dénoncer ce phénomène qu’est le cléricalisme.. Mais en quoi consiste-t-il exactement ?

Au lendemain des graves scandales d’abus sexuels commis par des membres du clergé, on a vu de nombreuses réponses et réflexions venant à la fois de laïcs comme du prélat, dont le pape François. Dans sa lettre au peuple de Dieu sur la crise actuelle, le pape François désigne une nouvelle fois ce phénomène comme étant l’une des composantes principales de la crise des abus sexuels : le cléricalisme.

Le journal Lacroix nous fait part des réflexions recueillies par Gauthier Vaillant de Mgr Éric de Moulins-Beaufort, archevêque nommé de Reims et président de la commission doctrinale de la Conférence des évêques de France ; « la lutte contre le cléricalisme passe nécessairement par la communion entre les baptisés, par-delà les différences de sensibilités. »

Q. Comment avez-vous reçu la « Lettre du pape François au peuple de Dieu » sur la question des abus dans l’Église ?

Mgr E. de M.-B. Il est douloureux de constater qu’il est nécessaire que le pape écrive encore sur ce sujet. Mais je suis aussi touché par la prise de conscience des fautes de l’Église qu’exprime le pape, et par sa persévérance à travailler pour que les hommes d’Église sachent eux aussi reconnaître ce qui ne va pas, et acceptent d’opérer les changements de logiciels qui s’imposent.

Q. Comment comprenez-vous son emploi du terme « cléricalisme », et partagez-vous son diagnostic selon lequel il constituerait le terreau favorable aux abus de toutes sortes ?

Mgr E. de M.-B. : On se rend compte aujourd’hui que le pouvoir, quel qu’il soit, peut se corrompre, et que cette corruption peut en particulier se traduire par des abus sexuels. Les révélations sur le milieu du cinéma américain en sont un exemple récent. Le pouvoir spirituel, bien qu’il puisse apparaître comme « faible » du fait qu’il ne concerne que ceux qui choisissent de lui obéir, peut aussi être corrompu.

Le cléricalisme, c’est la volonté pour un groupe de gens – le plus souvent des clercs – d’encadrer les comportements dans la société de manière infantilisante. Je crois profondément que le christianisme est une religion de la liberté, mais il faut bien reconnaître que le pouvoir spirituel en son sein est parfois détourné à ces fins d’encadrement social. Et cela, il faut en sortir.

Q. L’Église de France est-elle concernée par ce problème, où cela vise-t-il surtout d’autres parties du monde ?

Mgr E. de M.-B. : Dans un article écrit il y a quelques mois, j’observais que les pays où les plus gros scandales d’abus sexuels avaient éclaté, les États-Unis, l’Irlande ou l’Australie, avaient en commun d’être des pays où le catholicisme avait été, historiquement, sous la pression du protestantisme. La conséquence étant une réaction de repli autour d’une structure cléricale qui s’est alors trouvée en mesure d’exercer sur les fidèles un pouvoir démesuré. Je pensais donc la France un peu préservée.
« Le cléricalisme est une composante de la crise des abus sexuels dans l’Église »
Mais force est de constater qu’en France, aussi, certains prêtres ont parfois su constituer autour d’eux de véritables micro sociétés, composées de fidèles obnubilés par leur charisme… et ce sont des situations qui, bien souvent, mènent à des abus.

Q Comment peut-on agir concrètement pour lutter contre cette culture, ou s’en prémunir ?

Mgr E. de M.-B. : Quand le pape fait appel à l’engagement de tous, cela signifie qu’il faut accepter d’être tous membres de la même Église, par-delà les sensibilités. C’est notamment le rôle des évêques de travailler à ce que les baptisés se rencontrent sur l’essentiel, bien que l’on puisse par ailleurs vivre sa foi de manières différentes.
C’est l’état d’esprit que demande saint Paul dans la lettre aux Philippiens : « Ayez assez d’humilité pour estimer les autres supérieurs à vous-mêmes » (2, 3). Il s’agit de mettre ces mots en application plutôt que de s’estimer comme les seuls vrais chrétiens. Il est très bon que des petits groupes existent, mais il faut aussi accepter de vivre dans la grande Église. Tout le monde est concerné par ce travail spirituel. À cette condition, je crois que la structure de communion de l’Église permet d’échapper au cléricalisme.
Le risque de dérive cléricale existera toujours, et il faut dire aussi que certains fidèles sont parfois à la recherche de chefs. Mais un bon prêtre n’est pas quelqu’un qui pense à la place des autres, mais qui permet à chacun d’accéder à sa propre liberté spirituelle. Notre tête, c’est le Christ, pas un prêtre, si formidable soit-il.

Recueilli par Gauthier Vaillant
dans la Croix du 29/08/2018

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