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"L’heure de la fraternité a sonné" Lettre de nos évêques de l’ouest

Un calme étonnant règne dans nos rues. Il a du mal à cacher une angoisse devant des perspectives économiques désastreuses. Il ne masque pas une peur diffuse face à la propagation du Covid-19. Il n’apaise pas l’épreuve des personnes âgées que plus personne ne visite. Il occulte encore moins les morts de ce virus ni la souffrance de leurs familles.

Ce calme est peut-être une paix des familles quand leurs membres, petits et grands, sont réunis au long des jours, les uns faisant leurs études, les autres leur télétravail. Mais il ne tait pas les situations où des familles vivent de vives tensions en raison du confinement.

Ce calme, avec la raréfaction des rencontres, renforce la précarité des personnes dans la rue ou en attente de papiers. Saluons les collectivités et les associations qui, avec ingéniosité, mettent en place un soutien.

Oui, ce calme n’est ni repos ni passivité. Il ne fait pas silence sur les personnes qui travaillent pour nous, en particulier les agriculteurs. Il met le projecteur sur le personnel soignant qui, déjà éprouvé par la surcharge, prend des risques pour nous soigner. Il est juste de lui rendre un hommage appuyé avec notre gratitude.

Toute crise, selon son sens premier, est discernement. Celle-ci nous replace devant une évidence massive : tous, nous sommes vulnérables et interdépendants les uns des autres. Est ainsi mise en lumière la fraternité. Celle-ci est notre force et notre avenir. En raison de notre fragilité, la fraternité est notre vocation fondamentale. Les soignants, en prenant soin des plus affaiblis, en sont le signe.

La fraternité nous convie à faire de notre liberté le libre exercice de notre responsabilité en vue du bien de tous. Elle établit l’égalité de chacun dans la même dignité au sein de notre vulnérabilité. Elle induit une législation et des règles économiques plus ajustées. Elle promeut la « croissance par la sobriété » (pape François). À trop oublier notre fragilité, liberté et égalité deviennent des idées folles.

Van gogh (1ers dessins)

Avec la fraternité s’ouvre un chemin où est assumée et non niée notre commune fragilité. Non déterminé d’avance, ce chemin sera dessiné par l’effort de chacun, de chaque famille et de chaque collectivité. Il y fleurira solidarité, simplicité, responsabilité personnelle et collective, primauté de l’humain et centralité du prendre-soin.

Comme si la crise nous annonçait ce chemin plein d’espérance ! Pour nous y encourager, les cloches de nos églises sonneront ce 25 mars, en la fête catholique de l’Annonciation faite à une jeune femme de Galilée, du nom de Marie.

Dieu, en s’adressant à une femme, est fidèle à l’humanité. Il y suscite sans cesse des prophètes de la fraternité. Il désire guérir nos cœurs de tout ce qui entrave cette fraternité. Il lui donne sa vraie densité. Il la veut : « Vous êtes tous frères ! », dit l’Évangile. En ce temps de Carême, les chrétiens s’en souviennent.

Provoquée par le confinement, la fraternité émerge déjà entre proches et voisins. Ne revenons pas en arrière ! Sur ce chemin de bienveillance et sans violence, Dieu, le Père de tous, nous accompagne en vue d’une humanité sauvée de ses vieux démons et réconciliée avec la planète. Avec courage, nous nous engagerons tous pour édifier notre fraternité !

Mgr Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes ;
Mgr Denis Moutel, évêque de Saint-Brieuc ;
Mgr Laurent Dognin, évêque de Quimper ;
Mgr Raymond Centène, évêque de Vannes ;
Mgr Alexandre Joly, évêque auxiliaire de Rennes

M.J.H
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